Dans une interview des années 80, le sociologue Jean Ziegler revient
sur la différence fondamentale entre les démocraties occidentales et celles des pays soviétiques.
Les premières se caractérisent par une liberté d’expression quasi totale, tant au niveau de la société civile qu’au sein des structures parlementaires. Les secondes, au contraire, ont été marquées par leur obscurantisme et la limitation des libertés, les autorités recourant si nécessaire à une répression systématique.
Toutefois, que peut bien exprimer cette différence ?
Dans nos “démocraties” actuelles (occidentales), les prises de position, le débat idéologique n’a, en vérité, aucune incidence. Les individus au sein des structures politiques ou de la société civile n’ont pas d’influence sur le fonctionnement du système, la société étant dirigée par la seule loi du marché. Le marché décide de qui peut avoir un appartement, qui peut publier un livre ou qui peut accèder à tel ou tel poste… bref, même si dans les faits celui-ci est dominé par quelques uns, issus du capital financier, le marché règle tout.
Dans les “démocraties” soviétiques, les prises de position des individus au sein des structures politiques ou de la société civile avaient une influence énorme. La loi du marché étant quasi inexistante, chaque décision individuelle ou collective devenait efficiente. Les décisions politiques avaient donc des répercussions immédiates sur la vie des citoyens. Parce qu’elle avait la possibilité de faire vaciller le système, la dissidence était sujette à de nombreuses répressions.
Bref, si la dissidence représentait un danger mortel pour la bureaucratie soviétique, elle ne représente un danger d’aucune sorte pour nos sociétés actuelles.
Entre la domination de vieillards totalitaristes du Kremlin et la domination du marché capitaliste, caractérisé par son absurdité, ses mensonges et ses meurtres, Ziegler se donne en définitif le droit de revendiquer la réalisation d’un autre monde…
qu’il nous reste désormais à construire…